Jeff Koons, Bouquet of Tulips (2016-2019)

l’art seul hérite aujourd’hui, sous nos yeux,
le rôle et le caractère « délirants » des religions :
c’est l’art aujourd’hui qui nous transfigure
et nous ronge, qui nous divinise et nous moque,
qui exprime par ses mensonges prétendus
une vérité vide enfin de sens précis.
G. Bataille, Lettre à René Char
(Œuvres complètes, vol. XII, p. 21)

La sculpture monumentale « Bouquet of Tulips » (2016-2019) de Jeff Koons (1955) étant déjà dévoilée le 4 octobre dernier dans le Jardin des Champs-Elysées, il ne semble plus nécessaire de revenir sur la controverse qu’elle suscitait dans l’opinion publique depuis 2016. Toutefois, des questions restent et ne cessent de tarauder l’esprit de qui ne veut pas se contenter du « j’aime » de l’un ou du « je n’aime pas » de l’autre. Pour Kant, le jugement du goût, et celui du beau en particulier, avait une aspiration à l’universalité, c’est-à-dire qu’en principe il devait être partagé par tout le monde : en regardant une œuvre on devrait tous quasiment en même temps et d’une seule voix exhaler : « c’est beau ! ». Avec la sculpture de Koons, un phénomène analogue mais inverse voit le jour car le jugement la concernant semble aussi presque unanimement partagé et instinctivement exprimé par les spectateurs : « c’est moche ! ».

Le temps passe, les goûts changent, l’art se transforme et transforme avec lui l’œil qui regarde. Depuis Manet, puis Duchamp, l’art touche au scandale et cela à bon escient (inconsciemment, il le fait depuis toujours : pyramides égyptiennes, cathédrales gothiques avaient de quoi scandaliser).  Dire aujourd’hui que la sculpture de Koons n’est pas de l’art car elle est laide – ou incongrue, ou trop coûteuse, ce qui a été avancé pour contrer son installation – ne tient plus. La preuve en est qu’elle est déjà en place. Aucun argument – invoquant le bon sens, la prudence, la raison, le souci de soi et des autres – ne semble au fond atteindre le cœur du sujet. Les arguments non seulement le manquent mais ils servent l’adversaire (c’est-à-dire Koons et ses pièces) ; qui plus est, cette opposition levée contre Koons rend manifeste le fait que ce qu’elle combat est aussi ce qu’elle défend : l’art lui-même. C’est justement cette contradiction que semble révéler la controverse autour de la sculpture de Koons à propos de l’art en général – et de l’art contemporain en particulier – en dépassant ainsi la controverse elle-même.

Voici quelques questions que cette polémique permet de poser :

  • Si nous demandons à l’art une certaine conduite – respectueuse des lieux, des personnes, des budgets etc. – ne nous faisons-nous pas nous-mêmes des illusions, ne le réduisons-nous pas à ce que nous-même ne voulons pas qu’il soit ? L’art n’est-il pas « sourd » à toutes les bonnes raisons pour, en ce sens, rester – comme l’on dit – « souverain » ?
  • Ainsi, cette polémique ne parle-t-elle pas plutôt – comme un symptôme parle d’une maladie en voie d’apparition – de ceux qui s’opposent à l’œuvre que de l’œuvre elle-même ? Que cache cette hostilité, plus épidermique qu’argumentée, de l’opinion publique à l’égard de Koons ?

Pour rappeler le contexte dans lequel surgit la controverse, vous retrouverez un résumé en fin d’article.

BOUQUET OF TULIPS (2016-2019)

Jeff Koons, Bouquet of Tulips, 2016-2019
bronze, acier inoxydable et aluminium polychromes ; socle : pierre calcaire Lutécien provenant des carrières d’Ile de France ; dimensions (incluant le socle : 12,62 m x 8,35 m x 10,38 m ; Poids / sculpture : 33.790 kg / socle : 27.000 kg / total : 60.790 kg
© MM

La sculpture vue en vrai diffère des aperçus imprécis donnés dans la presse. Le bouquet de tulipes de 12 mètres et demi de hauteur et pesant plus de 60 tonnes (avec le socle qui en constitue presque la moitié) est une sculpture monumentale polychrome en bronze, inox et aluminium. Les onze fleurs ballonnées sont tenues par une main gigantesque dont l’apparence hyperréaliste suscite automatiquement une curiosité renforcée par un malaise : on remarque la couleur de la chair, l’éclat et la texture d’une vraie peau, les aspérités, tendons, muscles, veines, lignes de la paume, articulations, ossets, ongles, plis au niveau du poignet, grains de beautés. Tout y est comme si, ou presque, le sang circulait sous cet épiderme clair. Il ne s’agit pas d’une main abstraite, mais – si l’on en croit l’artiste – de la main d’une jeune femme de son atelier, c’est elle qui a servi de modèle. Cependant, à regarder de près la sculpture, l’absence d’une finesse qui n’a pas d’égal – propre à la vie – ou bien l’apparence rugueuse de la peau trahissent un froid de morgue qui, par moments, se dégage de l’ensemble ; et cela malgré le teint doré de l’épiderme. Cet hyperréalisme qui appelle immanquablement à la notion d’inquiétante étrangeté (Das Unheimliche) de Freud est tout à fait nouveau dans la production artistique de Koons dans laquelle dominent les œuvres à surfaces parfaitement lisses et polies où tout – et en particulier le spectateur – se reflète comme dans un miroir. Ce qui amplifie le trouble causé par cette main étrangement réelle est le fait qu’elle soit détachée de la personne à qui elle appartient. Comme dotée de sa propre subjectivité, elle semble émerger du socle en pierre calcaire et saisit les ballons, avant qu’ils ne s’éparpillent dans tous les sens, pour les offrir au premier venu, à coup sûr surpris. Mais malgré tout ce qu’elle peut avoir d’inquiétant et de menaçant, une certaine quiétude se dégage de cette main.

Les tulipes multicolores en inox appartiennent quant à elles au répertoire bien connu de l’artiste. Elles ont l’aspect des objets gonflables qui sont gonflés au point d’éclater à tout moment. Généreuses, bombées, bien courbées, arrondies, trop pleines, ces tulipes-ballons rebondissent et se tordent sur leurs tiges élastiques comme des fruits bien mûrs prêts à tomber.

Jeff Koons, Bouquet of Tulips, 2016-2019
© MM 

Mon hypothèse est la suivante : la plénitude matérielle de ces fleurs (qui paraissent d’être remplies d’air jusqu’au bout) coïncide avec une certaine plénitude psychologique – c’est sur cet aspect que Koons travaille particulièrement –, plénitude qu’elles incarnent et qui voisine avec ce que dans la psychanalyse l’on appelle fantasme (ou plutôt simulacre en tant que semblant du fantasme, ce dernier étant sans représentation possible). Les objets gonflables de Koons sont trop « parfaits » pour être vrais – inatteignables dans la réalité, en décalage et pourtant en lien évident avec elle – non seulement dans leurs apparences voluptueuses, mais aussi dans ce à quoi ils renvoient dans la psyché du spectateur, c’est-à-dire au fantasme. Dans sa production Koons semble avoir pour ambition si ce n’est d’incarner, du moins de stimuler le fantasme du spectateur, ainsi l’attirer et le conquérir. Comme Koons avec ses objets, nous avons aussi l’habitude de « gonfler », « polir », « arrondir » la réalité pour la voir autrement qu’en face. On la détourne pour s’accommoder mieux à la vie et aux autres, pour se protéger, pour minorer la douleur et majorer le plaisir, pour regarder l’avenir en rose (du moins en couleur) plutôt qu’en noir etc., bref : pour ne pas sombrer. Lisser, agrandir, briller, courber, polir etc., en plus sans qu’il y ait le moindre défaut laissé par la réalité : voici les équivalents matériels des mêmes subterfuges auxquels semble recourir la psyché humaine pour voir ce qui n’est pas, et ne pas voir ce qui est, pour se redonner ainsi de la force, persévérer dans la vie, élaborer ses propres fantasmes.

A ce propos, il n’est peut-être pas anodin de rappeler que l’artiste ne touche pas à ses pièces. Il les conçoit mais confie leur exécution aux ingénieurs spécialisés en matériaux, en informatique, en appareils et techniques d’industrie etc., pour arriver au résultat le plus « parfait » possible – à l’image du fantasme – et non corrompu par des erreurs de la main humaine.

C’est dans cette « perfection » propre aux objets de Koons que le spectateur retrouve quelque chose qui s’apparente au fantasme. En s’emparant des objets quotidiens et ceux de la culture populaire (marques, personnages de dessins animés, célébrités), Koons les « parfait » conceptuellement, formellement et matériellement. Et les spectateurs – se voyant reflétés dans ces surfaces bien polies – se retrouvent eux-mêmes « parfaits ». Koons capte ingénieusement les désirs de ses contemporains qui se complaisent dans ce qu’ils voient et se confortent dans leur propre narcissisme. Ainsi l’univers de Freud (ou de la psychanalyse en général) et celui de Koons ne semblent pas complètement étrangers l’un à l’autre, leur dialogue pourrait potentiellement porter des fruits, car l’essor de Koons a à nous apprendre sur les humains, sur nous-mêmes, plus que ne le ferait le décrier ou l’ignorer.

TULIPS (1995)

Un fait mérite ici d’être rappelé, il concerne une version similaire des mêmes tulipes réalisées par Koons dans les années 1990.

Jeff Koons, Tulips, 1995-2004
mirror-polished stainless steel with transparent color coating, 80 x 180 x 205 inches, 203.2 x 457.2 x 520.7 cm, 5 unique versions
© Jeff Koons
source : http://www.jeffkoons.com/artwork/celebration/tulips-0

La sculpture « Tulips » – sept fleurs se hérissant vers le haut dont les tiges en longs bâtons sont allongées à même le sol – fait partie de la série « Celebration » que l’artiste a conçu en 1992 pour célébrer la naissance de son fils Ludwig. Koons n’a vraiment entamé cette série qu’en 1994, année difficile, marquée par la séparation de sa femme Ilona Anna Staller (plus connue sous le pseudonyme Cicciolina) et la perte de contact avec son fils. Cet ensemble d’œuvres qu’on peut qualifier de biographique est composé de tableaux et de sculptures dont les sujets évoquent et chantent l’enfance, celle de son fils. Les fameuses pièces « Balloon Dog » et « Hanging Heart » en font également partie. A la lumière de cet épisode de la vie de Koons, l’idée de concevoir pour la ville de Paris une sculpture en forme de bouquet de tulipes en tant que témoignage de solidarité américaine aux Français suite aux attentats en 2015 ne paraît plus tellement subversive ou irrespectueuse, ce qui lui est plus ou moins explicitement reproché.

Par ailleurs, l’hyperréalisme, cette nouveauté stylistique que Koons intègre dans « Bouquet of Tulips » semble peut-être lui aussi témoigner d’un effort de céder la place à la réalité et ne pas rester toujours du côté du fantasme qui – comme tout fantasme – nie la réalité. 

Jeff Koons, Tulips, Ambassade des Etats-Unis, Beijing
© Jeff Koons
source : http://www.jeffkoons.com/artwork/celebration/tulips-0

VALEUR DE KOONS

Le prix de la production des pièces de Jeff Koons, puis celui de leur vente dépassent non seulement les capacités des portefeuilles du commun des mortels mais aussi celles de l’imagination de qui a les pieds sur terre : « Balloon Dog » a été vendu pour 58,4 millions de dollars en 2013 ; « Rabbit » pour 91,1 millions de dollars en 2019 ; par rapport à ces prix, le coût de la production de « Bouquet of Tulips » ne s’élevant qu’à 3,5 millions d’euros semble plutôt modeste.

Pour ceux qui n’en ont pas ou pas suffisamment, l’argent n’est qu’un moyen qui permet de satisfaire les besoins ; la difficulté de les satisfaire fait de l’argent le synonyme de la satisfaction pérennisée, de la vie sans nécessités : dans ce sens, il est cherché comme un but en soi.

Pour ceux qui en ont – la satisfaction des besoins étant déjà mise au second plan – c’est une autre chose qui est en jeu : le désir. Le désir, n’ayant rien à voir avec les besoins à satisfaire, ne concerne pas la survie ou le maintien de la vie. C’est un autre manque, manque symbolique, qu’il vise : le prestige. Plus on dispose d’argent, plus on peut se permettre une chose rare, singulière, voire unique, en tout cas qui soit inaccessible aux autres. Cette chose s’éloigne ainsi de l’utilité et de la nécessité de la vie qui, quant à elles, sont recherchées par tous et, de ce simple fait, ne valent donc pas la peine d’être désirées. Ce qui est ciblé dans la poursuite de cette chose rare, voire unique – et qui du point de vue d’un être humain normal n’est qu’un caprice, une folie, un scandale – c’est justement le fantasme. Une telle chose est l’emblème et le signe du prestige. Car en la possédant, c’est le prix de celui qui l’a lui-même qui augmente.

Les objets de Koons sont recherchés en tant que promesse du fantasme enfin réalisé (et du prestige qui va avec) et auxquels peu nombreux sont ceux qui peuvent y avoir accès. Mais ils sont devenus recherchés non seulement parce qu’ils sont fabriqués de matériaux (acier inoxydable, céramique, verre etc.) travaillés jusqu’à la perfection – gagnent ainsi la noblesse des matières précieuses – mais parcequ’en eux, sur leurs surfaces, se reflète aussi quelque chose d’indissociable de notre époque, donc aussi de nous-mêmes. Est-ce l’image de nous-mêmes que ces pièces nous renvoient qui plaît autant ? Ou autre chose ?

Ed Paschke – maître de Koons à la fin des années 70 quand il était étudiant à l’École de l’Institut d’art de Chicago – disait ce que son élève a su entendre et mettre en œuvre : « My theory was, and still is, that the viewer more or less completes the circuit, like electric energy. » (citation aperçue dans ce documentaire)

RÉACTIONS

Après l’inauguration du « Bouquet of Tulips », les critiques dans la presse et les réactions sur les réseaux sociaux se sont multipliées. Les expressions : « onze anus colorés montés sur tiges », « un majestueux doigt d’honneur aux Français » ou bien la comparaison : « ce don des Tulips, indirectement supporté par l’argent public, c’est un peu comme si Schwarzenegger faisait un film pour commémorer la guerre d’Algérie : mais en étant financé par le CNC », ont fait écho. Sur les réseaux sociaux – là c’est le format de ces médias qui y incite – les réactions étaient plus brèves mais explicites. Toutes les réactions – qu’elles soient élaborées ou instinctives – donnent à réfléchir car presque à l’unanimité elles se montrent défavorables au geste de Koons. A ce sujet, je signale ici un article intéressant à méditer : « Faut-il avoir honte d’aimer les «Tulipes» de Jeff Koons? ».

En lisant les critiques, ce qui étonne ce n’est pas tant le jugement dépréciatif sur la qualité de l’œuvre que leur ton impulsif. Dans le contexte de la liberté artistique d’aujourd’hui et de la variété de la création, sans précédent dans l’histoire, interdire ou discriminer un artiste ne peut ne pas étonner.

KOONS ARTISTE ? OUI

En entrant dans l’espace public, la sculpture de Koons entre également dans l’espace symbolique. A lire les critiques cela gêne et déplaît. Il s’y exprime un sentiment d’injustice, un désaccord vis-à-vis de la désappropriation de ces deux espaces, de leur dégradation, voire de leur profanation. Le ton des réactions semble hostile et s’éloigne de l’attitude a priori modérée et altière, caractéristique aux intellectuels ; il n’inspire pas confiance : au contraire, il fait naître un soupçon. Un soupçon de quoi ?

Le soupçon semble concerner l’art lui-même et plus exactement ce qu’il est censé être. Il est périlleux de défendre la liberté de l’art tout en lui imposant certaines règles, qu’elles seraient d’ordre esthétique ou éthique etc. Tout cela n’aurait pour conséquence que sa subordination. Ce serait lui retirer son autonomie, sans même parler de sa souveraineté. Ne voulons-nous pas le voir justement absolument libre, donc souverain ?

La souveraineté de l’art ne signifie pas que l’art soit inoffensif et impuissant. S’il doit servir à l’embellissement des rues, alors ce serait le méprendre. Au contraire, il est dangereux. Même à ceux qui l’aiment, surtout à ceux qui l’aiment.

C’est dans le contexte des critiques contre Koons que la phrase de Georges Bataille mise en exergue, m’a paru éloquente : « l’art seul hérite aujourd’hui, sous nos yeux, le rôle et le caractère délirants des religions : c’est l’art aujourd’hui qui nous transfigure et nous ronge, qui nous divinise et nous moque, qui exprime par ses mensonges prétendus une vérité vide enfin de sens précis ».

La sculpture de Koons ne nous ronge-t-elle pas, ne nous moque-t-elle pas ?

Et ne devrions pas nous méfier de notre méfiance à l’égard de Koons ?

Si.

Jeff Koons, New Hoover Deluxe Shampoo Polishers, 1980-1986
© Jeff Koons
source : http://www.jeffkoons.com/artwork/the-new/new-hoover-deluxe-shampoo-polishers-0

Toutes les réactions, seraient-elles enthousiastes ou choquées, expriment que quelque chose dans ce « Bouquet » de Koons nous échappe définitivement, qui manque de « sens précis ». Une œuvre d’art ne s’épuise pas dans son contenu, son message ou sa fonction ; elle les aspire comme un trou noir. Koons le dit autrement : l’art est le vide, il est la vacuité même. La série « The New » réalisée dans les années 1980 qui présente des aspirateurs, des « vacuum cleaners », exprime déjà cette vision. Ce vide dans sa forme actuelle la plus poussée – aussi la plus pure – s’affirme dans les pièces de Jeff Koons. Qu’on le veuille ou non, ce dernier fait déjà et fera partie de l’histoire de l’art.

 « Bouquet of Tulips » ne laisse pas indifférent. Il rive les regards, il les repousse et les attire comme le sacré, sinon comme une indiscrétion.

CONTEXTE

En novembre 2015, l’ambassadrice des Etats-Unis en France, Jane Hartley, a fait une proposition à Jeff Koons de concevoir une œuvre d’art que les Américains pourraient offrir aux Français en signe de leur soutien et de leur amitié à la suite des attentats terroristes qui venaient de se produire à Paris. Un an plus tard, le 21 novembre 2016 lors d’une conférence de presse qui s’est tenue à l’Ambassade des Etats-Unis à Paris le don qui – sous forme d’une sculpture monumentale représentant un bouquet de 11 tulipes tendu par une main d’une jeune femme – a publiquement été annoncé ; il allait être érigé sur la Place Tokyo, sous les colonnades séparant le Palais de Tokyo et le Musée d’art moderne de la ville de Paris, une parmi d’autres propositions d’emplacement avancées par la mairie de Paris (source).

Le coût initial de l’œuvre s’élevait à 3,5 millions d’euros. Il a été entièrement récolté par Le Fonds pour Paris et Noirmont Art Production auprès des fonds privés français et américains. Les mécènes français, en contrepartie de leur participation financière au projet, ont pu bénéficier de la réduction de leurs impôts de 60% prévue par la loi Aillagon.

C’est alors que différentes voix se sont levées pour s’opposer à ce projet, surtout à l’emplacement choisi et au coût excessif de l’œuvre, dont les plus importantes me semblent être deux tribunes publiées dans « Libération » :

1. « Non au « cadeau » de Jeff Koons » du 21 janvier 2018 signée par une vingtaine personnalités du monde de la culture ;
2. « Un cadeau avilissant » du 30 janvier 2018 rédigée par cinq grands intellectuels français.

Pour donner une idée de la grandeur de l’opposition qui s’est mobilisée contre le projet, je citerai Stéphane Corréard dont le propos est explicite : « Dans le monde de l’art contemporain, bien peu de gens approuvent cette opération Koons. Le sondage que « le Quotidien de l’art » a réalisé en janvier 2018 auprès de ses lecteurs, commissaires, galeristes, collectionneurs était éloquent : 98 % désapprouvaient le projet. »

Pour les raisons, entre autres, du poids de l’œuvre (plus de 60 tonnes) et de la fragilité du parvis qui demanderait d’importants travaux de renforcement, l’autorisation d’installer le monument devant le Palais de Tokyo n’a finalement pas été donnée par l’Etat. C’est dans les jardins des Champs-Élysées, derrière le Petit Palais, qu’il a été décidé par accord entre le Ministère de la Culture et l’artiste, puis approuvé par la Commission des Sites, de dresser ce bouquet de fleurs monumental. D’après les informations publiées sur le site de la Mairie de Paris, le prix global s’étant avéré être plus important que les 3,5 millions d’euros fixés initialement, l’artiste a décidé de prendre en charge tous les frais dépassant ce montant. Il a également assuré que 80% des revenus liées à l’utilisation des droits d’auteur de l’œuvre seront versés aux associations des familles de victimes des attentats, et les 20% qui restent à la maintenance de l’œuvre (source).

1 réflexion sur « Jeff Koons, Bouquet of Tulips (2016-2019) »

  1. Un très bon post consacré à Jeff Koons, tellement décrié. C’est bien, très bien même, et je souscris entièrement à ton analyse. Je trouve d’ailleurs, personnellement, très belles ces tulipes de Koons.

    En te lisant, j’ai pensé à un livre récent de Siri Hustvedt : « Une femme regarde les hommes regarder les femmes ». Elle évoque justement Koons.

    Mais il est vraiment dommage que tu postes si rarement. Difficile, dans ces conditions, de fidéliser un lectorat.

    Bien à toi

    Carmilla

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